L'ART CELTE

L’art celte est avant tout un art du métal, qui utilise le bronze, l’or et, plus rarement, l’argent. Il est certes capable de s’exercer sur la pierre et la céramique, mais c’est surtout un art d’orfèvres, qui s’enrichit d’ivoire, d’os, de corne, de pierres précieuses, d’ambre venu du Nord, transformés en perles et incrustations, de corail enfin, ce dernier remplacé par les émaux à l’époque de La Tène. Le corail, en effet, est alors détourné des pays celtiques par le marché de l’Inde. Tant que l’émail est utilisé comme succédané du corail, il est rouge sang : le corail devait en effet sa vogue à son efficacité contre le mauvais œil. Sous l’Empire romain, dans les îles Britanniques, l’émail devient polychrome et ail est appliqué sur de plus grandes surfaces. Il recouvre surtout le bronze, et les clous à large tête sont les premiers à en bénéficier.

Enfin l’art celte n’ignore pas le verre, à une, deux, trois ou quatre couleurs ; il en fait des bracelets, des amulettes et des perles.

Sur les métaux, le décor est estampé, ajouré, incrusté, perforé, rehaussé, gravé (la gravure n’est pas oubliée des sculpteurs qui ont, ainsi, d’un simple trait, dessiné sur les guerriers d’Entremont le détail de leurs costumes). On applique aussi de l’or en feuille sur le fer et le bronze. Quant à la peinture, la céramique en a pour ainsi dire le monopole. La couleur se retrouve dans les productions les plus variées de cet art essentiellement décoratif : la simple énumération des matériaux employés le suggérait déjà. vessies de poisson sont autant de motifs couramment utilisés.

Dès ses débuts, l’art celte stylise et transforme animaux et plantes. S’il n’ignore pas les grecques, ni la palmette grecque, qui lui est venue par l’Italie et qu’il simplifie et rend plus abstraite, il aime particulièrement la courbe et la contre-courbe, la spirale, le ying-yang venu de Chine, le tracé en S, la triscèle et la svastika ; la rosette et la lyre, la feuille (et en particulier la feuille-virgule) et le lotus, les larmes, les vessies de poisson sont autant de motifs couramment utilisés.

Bijou en or datant du VIe avant J.C (culture de Hallstatt)

 

Fibule serpentine (tombe du chef celte Hochdorf, Allemagne)

Bol en or (tombe du chef celte Hochdorf, Allemagne)

C’est un art du décor qui ne cherche ni à copier la réalité, ni à en donner une image idéale ; la réalité est simple prétexte. Cet art ne prétend pas davantage stimuler la réflexion qu’exalter le mysticisme. Cette volonté de faire de l’art un pur décor est bien un choix délibéré, puisque les Celtes n’ignoraient pas, ou cessèrent vite d’ignorer, la représentation du visage humain (comme en témoignent les statues, les masques de tôle, les monnaies ou le chaudron de Gundestrup) et celle des animaux.

Cet art original ne reste pas fermé sur lui-même ; il emprunte aux arts méditerranéens; cela est attesté clairement pour les monnaies qui imitent les monnaies d’or macédoniennes et aussi, mais d’une façon un peu moins évidente, par l’emploi de tel motif décoratif, comme la palmette. L’art celte emprunte aussi à l’Antiquité "barbare": des Scythes, il retient certaines figures animales ; du Caucase, la technique de l’émail.

Masque et mains de bronze, VIIe siècle avant JC.

Les chaudrons

Les chaudrons étaient utilisés par les Celtes lors des cérémonies rituelles, associés aux fêtes de l'autre monde et à la régénération. Une légende galloise raconte ainsi qu'un chaudron magique pouvait rendre la vie aux guerriers tués au combat si on les y mettait à cuire toute une nuit. Ce n'est peut-être pas un hasard si l'une des scènes du chaudron de Gundestrup (Ier siècle av. J.-C.) semble illustrer ce thème; il serait ainsi l'une des rares pièces à livrer quelques indications sur les croyances religieuses celtes : si aucun des personnages des scènes mythologiques qui en composent le décor ne peut être identifié avec certitude, on s'accorde à penser que la scène la plus détaillée représente le dieu cornu Cernunnos, brandissant un serpent à cornes de bélier et un torque, deux symboles de fertilité et d'opulence. Bien que les origines de ce chaudron restent incertaines, son artisanat permet de penser qu'il a été réalisé en Thrace, même si certains spécialistes préfèrent croire qu'il provient d'une sépulture de Gaule.

Chaudron du Ier siècle avant JC; National Museum, Copenhague

 

Chaudron de la tombe du chef celte (Hochdorf, Allemagne)

Ornement de chaussures (tombe du chef celte Hochdorf, Allemagne)

Corne à boire (tombe du chef celte Hochdorf, Allemagne)

Dagues (tombe du chef celte Hochdorf, Allemagne)

 

Détail du chaudron de la tombe du chef celte (Hochdorf, Allemagne)

Un art de petits objets

L’art celte est essentiellement un art de petits objets, ou du moins d’objets transportables, et en tout cas d’objets utilitaires, conçu pour les hommes, du moins leurs chefs (et non pour les dieux) et pour leur vie quotidienne (et non pour des occasions exceptionnelles). Il s’exerce dans les domaines de l’armement, du foyer et de la parure. Toutes les pièces de l’équipement du guerrier sont donc des objets d’art (à tel point que les nécessités imposées par la forme des épées entraînant des modifications du décor, on a pu parler d’un style des épées). Pour la guerre, chars, épées, qui deviennent plus longues à l’époque de La Tène, pointes de lance, boucliers, casques et poignards ; à la maison, chenets pour le foyer, cornes à boire, récipients, en métal ou en céramique selon qu’ils sont d’usage plus ou moins courant, et en particulier les fameuses situles ; des bijoux enfin, torques ou gros colliers de métal, devenus pour le grand public le signe de la celticité, bracelets, boucles d’oreilles, pendentifs, boucles de ceinture et fibules, très précieux critères de datation ; d’autres accessoires de la toilette : les rasoirs, dès l’époque de Hallstatt, et les miroirs, à partir de l’époque de La Tène, en particulier dans les îles Britanniques.

  Torque (tombe du chef celte Hochdorf, Allemagne)  
 

Chevaux (tombe du chef celte Hochdorf, Allemagne)

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