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02.12.2012 15:06 Il y a : 1 ans

Le professeur documentaliste, pierre d’angle de l’établissement scolaire


Les professeurs documentalistes et leurs « arts de faire » au sein de l’établissement scolaire.


Le professeur documentaliste est un fin connaisseur des projets pédagogiques qui développent chez l’élève un jugement propre au citoyen en devenir, des compétences diverses pour une insertion professionnelle assumée et réussie, ainsi qu’un épanouissement personnel créatif. Un élève qui peut se perdre avec ravissement dans les méandres informationnels du web et les réseaux sociaux, mais à qui l’école apprend à inhiber son impulsivité ; à ajuster son attention aux exigences des tâches ; à traiter et retenir des informations ; à construire et établir des liens entre les connaissances ; à planifier son devenir…

Plus que tout autre, le professeur documentaliste sait échapper dans sa pratique au divorce qui taraude les sociétés modernes : le divorce entre le logos et la techné. Ce professeur possède les clés de ces deux mondes car il sait parler d’un point de vue humaniste des technologies numériques ; des technologies qu'il connaît bien de l'intérieur, afin de formaliser des projets mêlant modernités scientifique et technique et traditions culturelles.

 

Le sens de la politique info-documentaire.

 

L’identité professionnelle du professeur documentaliste constitue l’une des pierres d’angle de l’établissement scolaire soucieux de l’accompagnement de tous les élèves vers la maîtrise de leur projet de vie comme des auteurs et des acteurs. De ce fait, le projet documentaire et informationnel est au cœur du projet-sens de l’établissement, comme outillage de ce projet d’établissement mais également comme référence collective. La politique info-documentaire n’est plus seulement la formulation d’objectifs et de stratégies pédagogiques, éducatives et culturelles, mais elle représente également les intentions et l’attention que chaque membre de la communauté porte aux autres. Le rejet, l’isolement, la dispersion, sont, dès lors, autant d’antivaleurs qui ne doivent pas prospérer dans un établissement scolaire, comme trop souvent elles peuvent le faire dans la société contemporaine.

 

La refondation de l’école et de la société.

 

C’est d’ailleurs au titre de ces valeurs profondément républicaines que l’école sera amenée à refonder la société ; l’intention de vivre ensemble à l’école reposant sur l’attention bienveillante et inconditionnelle à l’égard d’autrui, grâce à l’application dans l’écoute, l’attention au groupe, grâce à la redécouverte de la singularité de chacun dans un postulat d’égalité entre tous.

D’un point de vue sociologique et historique, le professeur documentaliste, ce professionnel de l’accompagnement et de la personnalisation des apprentissages, préfigure une éducation à « l’humaine condition » comme la qualifie Edgard Morin[1], par le développement d’un esprit humain qui doit développer tout autant sa capacité d’accès aux informations sans cesse renouvelées sur le monde que de savoir comment les articuler et les organiser entre elles dans toute leur complexité. Un esprit humain en devenir qui doit percevoir et concevoir le contexte, le multidimensionnel, pour se faire une idée de l’interdépendance de toutes les questions qui se posent aujourd’hui à la société.

 

Les technologies numériques au service de la collaboration entre acteurs et de la « translittératie »

 

Les technologies numériques sont une véritable « infrastructure de la contribution » pour reprendre les termes du philosophe Bernard Stiegler, infrastructure au service d’une politique info-documentaire mise en œuvre à plusieurs échelles, la première étant l’approche collaborative, et la seconde l’enrichissement des situations d’apprentissage et la diversification des parcours des élèves accueillis. Elles développent la « translittératie », ensemble des compétences d’interaction avec tous les moyens d’information et de communication, (« habileté à lire, écrire et interagir par le biais d’une variété de plateformes, d’outils et moyens de communication, de l’iconographie à l’oralité en passant par l’écriture manuscrite, l’édition, la télé, la radio et le cinéma, jusqu’aux réseaux sociaux »2  selon Sue Thomas), dans des pédagogies renouvelées et diversifiées selon les publics.

 

L’établissement scolaire comme organisation apprenante.

 

Le concepteur et l’accompagnateur de beaux projets qu’est le professeur documentaliste s’appuie sur une exigence d’alignement entre ce qui est dit et ce qui est fait ; il s’attache, à chaque niveau de son intervention, et en équipe, à élaborer un contexte, des ressources, un soutien, qui permettent à l’élève de se focaliser pleinement sur ses aptitudes et ses compétences, de les développer et de les mettre en valeur. L’enjeu stratégique de la politique info-documentaire se trouve dans cette recherche de cohérence, en offrant des parcours de formation à la culture de l’information (PACIFI), à la fois personnalisés, pertinents, motivants et enrichissants. Car l’établissement scolaire a toujours besoin, comme chaque « organisation apprenante »3, de rassembler sa communauté éducative autour d’une orientation pédagogique globale, autour de la mission stratégique et fédérative de réussite de tous les élèves, pour faire coïncider ses ambitions et ses actions.

 

« Nous sommes, nous nous mouvons, nous vivons dans l’œuvre de l’homme4 »

 

Le voyage que nous entreprenons à travers le monde de la documentation en visitant ce site académique nous confirme que le professeur documentaliste peut non seulement apporter plasticité et créativité dans l’œuvre de l’homme, mais également humanité et altérité comme formes de l’amitié entre les personnes – l’épitomé – une amitié qui est à la racine de ce lien singulièrement personnel qui, seul, peut refonder la société et la République, comme nous le demandent le Président de la République et nos ministres.

 

 

 

Annie Ballarin, Charles Moracchini, IA-IPR EVS

Jacqueline Rossignol, Sophie Spiaggi, aides-IA-IPR 

 

 

 

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2 Sue Thomas et al, Transliteracy : Crossing divides, First Monday, 2007. Trad de François Guité : La translittératie, Relief, 2007

3 Cf. Alain Bouvier, L’établissement scolaire apprenant, Paris, Hachette, 2001

4 Paul Valéry, Eupalinos ou l’Architecte, Paris, Gallimard, 1944.



[1] Edgar Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Paris, Seuil, 2000.