Pédagogie inversée

25.01.2016

La classe inversée est une approche pédagogique qui inverse les activités d'apprentissage en classe et à la maison, ce qui amène une modification du rôle traditionnel de l’enseignant : les élèves préparent leurs cours chez eux, pour que les activités en classe deviennent plus concrètes (exercices d’application). Les nouveaux chapitres sont ainsi abordés en amont, permettant de libérer du temps en classe pour la compréhension des notions importantes et l’accompagnement des élèves par l’enseignant.

Deux exemples mis en place dans l’académie

Pôle d’enseignement public d’Yssingeaux (lycée Emmanuel Chabrier et lycée agricole George Sand)

Ce dispositif pratiqué en mathématiques ces deux dernières années se poursuit cette année en français.
Il s’agissait de rendre les mathématiques accessibles aux élèves de première S en amont des difficultés, de préparer les élèves à une notion plutôt que de faire de la remédiation. L’enseignant donne un travail préparatoire au chapitre abordé grâce à la plateforme numérique Wims de l’université de Paris Sud. Les élèves découvrent ainsi à distance les notions au travers d’exercices interactifs, et peuvent même être évalués. L’accompagnement personnalisé comprend une vérification des acquis en amont des séances. Ce dispositif, très apprécié, a permis à certains élèves en difficultés d’augmenter leurs résultats.

En Français, en classe de seconde, les élèves prennent connaissance des documents mis à disposition par le professeur (capsule vidéo ou document écrit) sur le site d’enseignement en ligne Edmodo. Ils découvrent la notion et répondent ensuite à un questionnaire en ligne qui vérifie leur compréhension et appropriation de la notion pour l’utiliser dans des exercices simples. Le professeur consulte les résultats des élèves et cible les difficultés mises en lumière. Lors du cours, la notion est réexpliquée par un élève, une définition simple est notée par toute la classe. Le professeur revient sur la notion à partir des erreurs relevées dans le questionnaire. Cette étape d’une dizaine de minutes permet de consacrer la majeure partie du cours à une tâche complexe mettant en jeu la notion découverte (exercice type bac, commentaire de texte complet, sujet d’invention ou dissertation).

La classe inversée permet donc d’adapter le cours aux difficultés et de dégager du temps en classe pour mieux entraîner les élèves à mettre en œuvre les notions dans l’analyse de textes. Cette pédagogie développe, de plus, l’autonomie en classe de seconde. Les élèves assimilent mieux les notions en visionnant par exemple plusieurs fois la vidéo explicative, et leurs exercices sont vérifiés et corrigés individuellement. Les capsules vidéo permettent également une révision efficace lors des évaluations.
Exemple de capsule vidéo proposée l’enseignante (Eva Dezulier) : https://youtu.be/tnAtTwstyjQ

Une pédagogie inversée « pour et par le numérique » en seconde bac pro systèmes électroniques numériques (lycée Camille Claudel)

L’expérimentation « Enseigner la confiance dans un environnement numérique » conduite depuis l’année dernière au lycée Camille Claudel met en œuvre une pédagogie de classe inversée lors de certaines phases d’enseignement professionnel : les élèves sont soumis à des problématiques professionnelles liées à la sécurité numérique. Ils doivent mobiliser les ressources proposées par les professeurs afin de construire et présenter une réponse à la classe ou à l’enseignant. Il s’agit en quelque sorte pour ces lycéens de concevoir un cours, en autonomie sur leur tablette fournie par le lycée, et en amont de sa présentation à la classe. Cette phase est complétée d’une analyse par l’enseignant et la classe pour correction et appropriation des notions présentées. Une rétro-synthèse permet une formalisation et une institutionnalisation des compétences (savoir, savoir-faire, savoir être) découvertes.

Les élèves sont ainsi régulièrement sollicités pour co-construire des ressources multimédias en utilisant des applications numériques dédiées à la pédagogie numérique. Plusieurs types d’activités sont développés : associations, sélection, questionnaires scénarisés, tutoriels audiovisuels…

Cette pédagogie numérique inversée s’étaye sur des pratiques collaboratives. Les élèves sont régulièrement placés en situation d’agir en collectif. Les groupes et situations sont régulièrement modifiés, qu’il s’agisse d’un transfert d’activité d’un groupe vers un autre ou la nécessité de réaliser des travaux collectifs à distance. Les élèves doivent apprendre à communiquer des informations, gérer les traces de leur activités, expliquer leur activité et rédiger à plusieurs. Cette pédagogie numérique inversée s’appuie également sur la démarche de projet. A partir d’un cahier des charges qui définit des objectifs et des contraintes, les élèves travaillent par équipes sur des projets réels qui participent au développement de l’établissement (dossier CNIL…).

Les élèves bénéficient, grâce à cette pédagogie numérique inversée pilotée par Frédéric Michalet, assistant technique - directeur délégué aux formations professionnelles et techniques, d’une autonomie d’action et d’initiative particulièrement motivante et formatrice. Les effets sont jugés très positifs par les lycéens qui considèrent notamment avoir progressé, avoir gagné en autonomie et avoir un meilleur rapport à l’école. Leurs compétences (numériques, langagières…) et leurs gestes professionnels se sont effectivement largement développés.

Contact : Annie Ballarin, IA - IPR « Etablissements et Vie Scolaire », conseiller académique à la recherche-développement, à l'innovation et à l'expérimentation (Cardie)